Oubliez la routine, l’agitation, les consignes à la chaîne : il existe, pour les enfants de maternelle, un apprentissage souvent négligé, mais décisif. Celui du calme, de l’apaisement. Savoir poser un instant, respirer, écouter le silence, ce n’est pas inné. Pourtant, c’est une force à cultiver, surtout lorsque l’incertitude et le stress viennent s’inviter dans le quotidien. S’arrêter, regarder autour de soi, comprendre ses émotions, évaluer ses réactions : tout cela s’apprend. Et mieux vaut commencer tôt, en installant dans la journée de vrais moments de retour au calme, distincts des activités scolaires ou ludiques habituelles.
Parmi les approches reconnues, la méthode Montessori propose des exercices concrets pour encourager cette capacité à se recentrer. Voici cinq activités à tester chez soi, pensées pour aider les enfants à retrouver leur sérénité, même dans les périodes de tempête.
- Le jeu du silence en groupe. Adapté par Maria Montessori pour les classes, ce jeu s’installe facilement à la maison. On éteint télévision et musique, on désigne un espace exempt de bruit. Le parent brandit alors une carte sur laquelle est inscrit « SILENCE ». Chacun, dès qu’il aperçoit le signal, cesse toute activité et reste parfaitement immobile. L’objectif : prêter attention aux sons d’habitude imperceptibles, le tic-tac d’une horloge, le ronron du réfrigérateur, un oiseau dehors. Après quelques minutes, l’adulte chuchote le prénom d’un enfant. Celui-ci doit, lentement, en silence, le rejoindre sur la pointe des pieds, sans se faire remarquer. La scène se répète pour chaque participant. Vient ensuite le moment d’échanger : quels bruits ont-ils entendus ? Qui a ressenti quoi ? Ce jeu fait découvrir aux enfants la puissance du silence, leur apprend qu’il se construit, qu’il se savoure.
- Le jeu du silence individuel. Ici, il suffit d’un petit tapis, d’une carte affichant « SILENCE » et d’un sablier de 1 à 3 minutes. L’enfant s’installe, pieds nus s’il le souhaite, face à la carte. Le sablier marque le temps de l’activité : aucun bruit, aucun mouvement. Personne ne doit venir perturber ce moment. À la fin, s’il en ressent l’envie, l’enfant peut partager ce qu’il a vécu, ce qui a traversé son esprit. Cet exercice l’aide à distinguer sa propre voix intérieure, à observer ses pensées, à s’exercer à la réflexion et à l’apaisement.
- Les cartes de posture. Pour cette activité, préparez plusieurs cartes illustrant des positions à imiter. Chacune incarne une intention :
- Debout, bras croisés sur la poitrine, un geste d’amour.
- Bras comme pour bercer un bébé, prendre soin de quelqu’un.
- Debout, bras tendu comme pour offrir, le don.
- Mains ouvertes, prêtes à recevoir, l’accueil.
L’enfant s’installe sur un tapis, sablier à portée de main. À chaque position, il tente de rester calme, attentif à chaque mouvement, à chaque sensation. À chaque minute écoulée, il change de posture. Il s’agit de s’appliquer, de s’immerger dans le geste. En fin d’activité, si l’envie s’en fait sentir, il peut exprimer ce qu’il a ressenti. Ce jeu développe la conscience corporelle, la concentration, la patience.
- Le coin tranquille. Aménagez un espace dédié : un fauteuil près de la fenêtre, un tapis face à un aquarium, un coin du salon baigné de lumière. L’enfant s’y assoit seul, observe ce qui l’entoure, le bal des poissons, le vent dans les arbres, une plante, ou le simple passage du jour. Le silence est de mise, l’attention tournée vers la beauté du réel. Cette expérience invite à la détente, renforce l’aptitude à l’apaisement.
- Le jardin de pierres japonais. Inspiré de la culture nippone, ce jeu introduit la notion de beauté et de calme chère à Montessori. Sur une table à hauteur d’enfant, disposez un plateau de sable, un panier de galets, une petite pelle, un râteau, une brosse et une pelle à poussière. Une photo d’une personne entretenant un jardin de pierres peut guider l’enfant.
L’enfant, seul, manipule le sable du bout des doigts, trie les pierres, les place à sa guise, puis dessine des motifs à l’aide du râteau. Il nettoie ensuite les éventuelles traces de sable égaré. Tout se fait lentement, en silence. Manipuler, ordonner, modeler : autant d’actions qui aiguisent la concentration, favorisent la sérénité, aident à mieux gérer ses émotions.
Ces activités, testées et approuvées par de nombreux parents et enseignants, peuvent transformer un après-midi ordinaire en parenthèse apaisante. Elles offrent aux enfants des outils précieux, pour aujourd’hui et pour demain.
À chacun sa manière, son rythme, ses préférences. Mais une chose est sûre : cultiver le calme n’a jamais été une perte de temps.
« La condition essentielle de la domination est la sérénité, qui nous permet de voir les choses dans leur vrai aspect et nous empêche de les dorer et de les ombrer selon notre humeur » (Yoritomo Tashi)
Denisse Huerta, psychologue chez RedCenit

